« La chimère à six têtes est enfin là : cow-boy en salopette au micro, trois gratteux, deux barbus, un autre en blazer léopard. Une bassiste, et même des mini Limi sur la batterie de Marie. Les lumières s’éteignent, quelques riffs surgissent, forcément c’est religieux, le riff pour le groupe. »

the liminanas

the liminanas
mercredi 19 novembre,
la vapeur, dijon
— chronique

20 heures. Quand d’autres regardent le JT, nous on entre dans la grande salle de la Vapeur. Les Limiñanas montent dans un instant, alors on traverse la brume jusqu’à la scène. La chimère à six têtes est enfin là : cow-boy en salopette au micro, trois gratteux, deux barbus, un autre en blazer léopard. Une bassiste, et même des mini Limi sur la batterie de Marie. Les lumières s’éteignent, quelques riffs surgissent, forcément c’est religieux, le riff pour le groupe. Les écrans brillent et c’est la D.A de Faded, dernier disque du groupe. Du rouge, du noir, du blanc, des images psyché. Extravagant, bizarre, ultra-sophistiqué. Peu à peu, la machine s’active. On passe du frémissement lent à l’ébullition. La distorsion éclate, Salvation retentit et c’est l’éruption. Les guitares, lentes et hypnotiques, rampent et se faufilent dans nos corps sans prévenir. La transe est élégante, le trip discret, le vertige posé. Les Limi, c’est ça. C’est du Catalan, forcément un peu séditieux. Alors, on est là, un peu décalés du corps et de l’esprit, dans cette salle où tout semble bouger au ralenti. Ils ne frappent pas fort : ils installent le son, creusent doucement, profondément, et nous touchent là où on avait oublié qu’il y avait quelque chose. On regarde la scène, en jouant dedans, pourtant. Dissociation, re-connexion. On se surprend à bouger avec la chimère, à la suivre sans vraiment réfléchir. La lumière, la brume, le son : tout se mélange et s’étire. Une minute en dure cinq, plus aucune notion de fin possible et la foule vibre, devient extension de chaque note de ce post-punk méditatif, très classe et viscéral. Retour au réel, impression d’avoir passé deux heures dans une autre dimension. Le froid nous frappe la tronche, déjà vissée d’un sourire coincé. On est rentrés solides, on en ressortira vaporeux.


texte Alyssa Meunier x Marius Gourdin
photo © Mathieu Zazzo