« Les douze titres s’enchaînent sans empressement. Dans Le monde est à nous, l’urgence ne s’impose pas par le volume mais par la tension sourde, cette sirène en arrière-plan, écho d’une société qui s’habitue dangereusement à l’inégalité. »
palmier
rocé
— chronique
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par Chanel Beaujean
photo © DR
hors cadre
2025
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Récolte de Tempo. Entre le retour de Jill Scott et celui de Rocé, les artistes qui frôlent ou dépassent la cinquantaine semblent avoir trouvé la formule : ralentir sans perdre en intensité. Palmier, sixième album studio du rappeur-producteur, en est la preuve. Plus de soul, moins de frontalité. Rocé sème.
Dès l’ouverture, la trompette installe une respiration ample. L’instrumental avance à son rythme, et malgré ses trente minutes, l’album prend le temps de laisser mûrir ses idées. Les douze titres s’enchaînent sans empressement. Dans Le monde est à nous, l’urgence ne s’impose pas par le volume mais par la tension sourde, cette sirène en arrière-plan, écho d’une société qui s’habitue dangereusement à l’inégalité. Rocé a toujours défendu cet d’urgence : le conflit est aussi culturel, et Palmier montre comment les enjeux géopolitiques traversent et structurent l’art. La matrice soul traverse tout le projet. Revendiquer l’envie d’être « aussi cool que Sade », c’est pas simple mais ça témoigne d’un choix esthétique ciselé avec précision et une élégance feutrée. A écouter ceci, par exemple, dans la bossa nova délicate Café serré. Le reste du disque est traversé par l’idée de persistance. Le palmier, enraciné mais souple, devient métaphore d’une longévité maîtrisée. Là où certain·es rappeur·ses s’épuisent à courir après le jeunisme (on ne citera pas de noms, sorry), Rocé ajuste sa posture. Dans Lunaire, lorsqu’il lâche : « J’gueule moins dans mes couplets puisque je n’ai plus l’âge », il laisse simplement moduler son arme. La parole se fait moins projetée, plus habitée et gagne en densité. Jill Scott et son « You work how you want to in your 40’s, you work when you want to in your 50’s » résument parfaitement cette position. Palmier sonne comme l’album d’un artiste affranchi du tempo extérieur, mais toujours connecté au monde. Et franchement, ça tient.