« le chant semble suivre son chemin, l’arrangement le sien. Il ne s’agit pas d’hybrider, ni même de moderniser quoi que ce soit, mais juste de faire cohabiter des éléments qui ne sont pas faits pour vivre ensemble — et de le faire sérieusement. »

pinkira no minyo

pinkira no minyo
okuni meguri

— chronique


par Selma Namata Doyen
photo © DR

Pinky & Killers,
avec Takeshi Terauchi
& His Blue Jeans (sur deux titres)

sound fuji, 180g,
1958, reiss. oct.  2025
— line-up

Dès les premières secondes, on dirait que l’on chante un truc à un bébé en lui tirant les joues. Voix féminines trop douces pour être honnêtes, réponses masculines façon démonstration, percussions au cordeau : Otemoyan, chant traditionnel de Kumamoto, plante le décor. Pas de fondu, pas de transition — juste une superposition franche entre folklore vocal et pop télévisuelle. Et contre toute attente, ça tient.
Sorti en 1970 chez King Records, Pinkira no Minyo Okuni Meguri aligne quatorze min’yō de régions différentes, tous réarrangés par Pinky & Killers, groupe de kayōkyoku alors au sommet. Les mélodies vocales restent inchangées : modes pentatoniques, phrasés droits, diction claire. Ce qui change, c’est l’écrin — typique de la fin des années 60 : orgue, batterie sèche, basse ronde, chœurs bien stéréo. Sur deux morceaux (Soranbushi, Tankoubushi), Takeshi Terauchi et ses Blue Jeans viennent ajouter une couche électrique, presque garage, qui tranche encore plus. Ce qui frappe, c’est cette logique d’à-côtés assumés : le chant semble suivre son chemin, l’arrangement le sien. Il ne s’agit pas d’hybrider, ni même de moderniser quoi que ce soit, mais juste de faire cohabiter des éléments qui ne sont pas faits pour vivre ensemble — et de le faire sérieusement. Itsuki no Komoriuta, par exemple, garde sa forme de berceuse, mais les contrechants cuivrés maintiennent une tension discrète. Kurodabushi tangue entre la rigueur et le presque-burlesque. Et Edo Komoriuta, pour clore tout ça, s’achève sur un ronflement bien capté au micro, visiblement assumé par tout le monde en studio.
L’ensemble avance comme un orchestre perché sur des tabourets trop hauts : personne n’est vraiment à l’aise, mais tout le monde tient l’équilibre. C’est raide, un peu absurde, mais très calé — et ça suffit à faire style.

pink