les disques du mois
OK podium
mars 2025
heavy rotation à la rédaction de PointBreak
— sélecta de Selma Namata et guillaume malvoisin






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Derya Yildirim & Grup Simsek — YarinYoksa
— Big Crown Records
Du son brut, sans concession. Avec Yarın Yoksa, Derya Yıldırım & Grup Şimşek électrisent leur psychédélisme anatolien, entre groove irrésistible et liberté totale. Inspirés par Selda Bağcan ou Erkin Koray, ils réinventent l’héritage plutôt que de le moderniser. La voix de Derya caresse et tempête, portée par un groupe soudé et audacieux. Chaque morceau oscille entre nostalgie et rébellion, groove et mélancolie. Afrobeat, claviers rétro, touches électroniques : une fusion libre, jamais figée. Misket bouleverse, Hop Bico fait danser, Direne Direne résiste, Yakamoz pleure le hüzün. Un album incandescent, vivant, enivrant. Demain n’existe peut-être pas, mais cette musique, si.
— sn
Mizik Maladi: Disques Debs International Vol. 3
— Strut Records
Troisième volet des archives Disques Debs, Mizik Maladi ravive ce que la Guadeloupe a produit de plus inventif, remuant et joyeusement indocile. Biguine nerveuse, gwoka tendu, cadence rugueuse, zouk en gestation : un groove populaire au sens fort. Depuis son studio de Pointe-à-Pitre, Henri Debs a capté le son d’une société en mouvement, entre bricolage génial et fierté collective. Kassav’ ne sezrvaient pas encore de la soupe et Ti Celeste, Expérience 7 comment d’autres livraient des morceaux à danser et à penser. Pas une compile pour touristes, pas une compile pour diggers blasés, mais une archive vivante, ancrée, libre. Et salutaire.
— sn
Building Instrument — Månen, Armadillo
— Hubro Records
Building Instrument maîtrise non seulement l’art de greffer des structures jazz sur des ambiances pop, mais aussi le plaisir d’échantillonner ukulele et autres percus électroniques tirées d’un numéro de SynthéMag de 1993. Passéiste ? Pas du tout. Furieusement doué pour être dans l’esprit de la Norvège d’aujourd’hui. Loin des étiquettes, les deux pieds dans un instrumentarium et une expérimentation musicale très joueuse et très libre. Mari Kvien Brunvoll, Åsmund Weltzien, Øyvind Hegg-Lunde font du DIY avec quelques poèmes sur la lune, l’esprit, les animaux et ce que vivre peut bien vouloir dire. C’est bizarre. D’autant plus que ce disque reste calme de bout en bout, agglomère tout ce qui passe comme idées baroques sous les pattes du trio et vous électrise les tympans avec ses vignettes barrées, super imagées et, in fine, splendides.
— sn
Roseaux — III
— Fanon Records
On a souvent, par ici, la sale habitude de fouiller sous la surface des disques qu’on écoute. Et, un jour, bim, une belle évidence nous frappe du coin de sa simplicité apparente, et cela suffit bien à un instant câlin-réconfort. Ce Roseau III est de ces disques-là. Tout est exposé, modulations belle gueule comme mélodies grande classe, production lumineuse comme featurings internationaux. C’est très beau, la simplicité. Exemple avec nos portes d’entrée dans ce disque, Why Should I Smile avec Melissa Laveaux et Solitude avec Isabelle Sörling. Evident, donc, mais aussi dense dans sa conciliation des meilleures prods smooths des eighties réévaluées ces jours-ci avec une soul imperturbable et actuelle. Emile Omar, Alex Finkin et Clément Petit livrent, tranquilles, la bande-son de vos premières descentes de fleuve à canoé ou vos descentes de Syrah entre copains.
— gm
Uhlmann Johnson Wilkes
— International Anthem
Trois musiciens, pas de leader, pas de plan, mais une idée claire : faire de l’impro une forme écrite qui ne se la raconte pas. Uhlmann Johnson Wilkes, c’est guitare en suspension, sax tordu aux effets bien sentis et basse en arpèges. Pas d’esbroufe — juste des formes qui prennent, s’échappent, reviennent. Le disque navigue entre jazz déconstruit, musique de chambre amplifiée et bricolage électronique. Chaque morceau tient sur un fil : ça pourrait basculer à tout moment, mais ça tient — justement parce que ça écoute. Un album précis, curieux, jamais appuyé. Un genre d’équilibre fragile, maîtrisé sans en avoir l’air.
— sn
Los Pirañas – Una oportunidad mas de triunfar
en la vida — glitterbeat Records
Los Pirañas reviennent avec un disque qui dézingue les conventions comme un bolide sans frein dans une fête de village. Una Oportunidad más de triunfar en la vida ne flatte ni les puristes ni la cumbia. Eblis Álvarez, Mario Galeano et Pedro Ojeda improvisent sous caféine : guitare sous acide, basse râleuse, percussions en roue libre, pour une énergie fiévreuse et hallucinée. À Bogotá, leur labo sonore, le folklore se réinvente sans répit. Con mi burrito sabanero… devient procession délirante, El aguazo de Javier Felipe explose en carnaval psychotrope, Pateando culos groove en zigzag. Musique populaire triturée, érudite, libre, explosive — et furieusement dansante.
— sn
Haïm Isaacs — Joni Mitchell in Jerusalem
Il y a les tribute opportunistes, et il y a les déclarations d’amour. Joni Mitchell in Jerusalem est de ceux-là. Hommage déférent et irrévérent à la chanteuse brumeuse canadienne, le disque d’Haïm Isaacs revisite 11 titres, en les plaçant urgemment sur l’établi. Enregistrés par strates, recomposés avec patience, polis avec une calme passion. « Mon frère dit que je suis née le jour où je l’ai entendue pour la première fois. Il est généralement rigoureux. » Isaac chante Mitchell depuis qu’il a quinze ans, bon âge pour naître à la vie. Depuis, il les chante un peu partout, de Gaza jusque dernièrement en France où il vient de s’établir, il s’en invente des récits persos et autobiographiques, les recompose pour les enregistrer. Comme ici. Joni Mitchell in Jerusalem est un de ces disques des petits matins, où on peut encore être capable d’être à l’écoute des reliefs de songes, de soi et de ce qui peut advenir d’accident heureux pour les prochaines heures.
— gm