« Ouverture des trois journées des Musicaves, année 2026. De grands arbres protègent les têtes sous la chaleur, laissant aux oreilles le soin de la découverte, la joie d’être dérangées, envoûtées, malmenées. »
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par Lucas le Texier, guillaume malvoisin
photo © DR
Ouverture des trois journées des Musicaves, année 2026. De grands arbres protègent les têtes sous la chaleur, laissant aux oreilles le soin de la découverte, la joie d’être dérangées, envoûtées, malmenées.
Dans sa scénographie live, le premier concert est prometteur. Sur scène, un trio, La Litanie des Cimes, et un fauteuil. Trône de la chanteuse malienne Mah Damba. Sa voix nous transperce du son et du souffle, avant même qu’on ne l’entende. Quelques secondes nous sépare alors du frisson entendu dans les premières notes de la femme griot. Son timbre de qui nous attrape, mélange ancestral et paradoxal de la nostalgie et de la joie, condensé d’une vie à chanter le récit populaire. Ce groove, car les chants rythment étonnamment le jeu de la Litanie des cimes. Les peintures sonores du trio chambriste épousent à merveille les histoires. Atmosphères hostiles et ambiances cocons se suivent, déroulant le monde par des détours de textures douces et profondes. Par des chemins autour de motifs répétés, accentués, triturés, emmenés ici et là, valsant avec des mini licks pop et trad. Un tout se forme alors, entre tradition et musique liturgique. Un grand tout s’élève, en chambre d’écho d’une voix malienne et d’un trio intimiste que seul l’art de savoir créer la musique permet.
Avant, pendant et après ces peintures de l’intime mondial, au fil des bars et des stands de restauration, La Sonora et le trio Chinchivi frappent les demis servis d’accords sud-américains. Voix scandées, percussions sèches, cordes aigües. Pas certain que cela fasse retomber les chaleurs de canicule, mais ça les replace dans des alentours rêveurs. Sous les arbres givrotins, le Pérou. Pour l’heure, mieux qu’un pavé sous la plage.
Sable toujours. Deuxième set sur la grande scène, Imarhan, sextet touareg se fait entendre. Blues du désert, hypnoses sous distorsion, psalmodies rugueuses. La recette du groupe est connue, bienvenue et ingénue. À ce petit écart de côté près. Au-delà de la tradition embarquée, Imarhan montre autre chose encore. Petite démo musicolo-technique. Une Fender Mustang n’est pas vouée aux bandes son surf, une Gibson SG ne sert pas forcément à jouer Thunderstruck. Pas d’orage ni de plage, sous les grands arbres du domaine Thénard, sous la chaleur épaisse, les répétitions brûlantes d’Imarhan, électrifiées, quasi-vocodées. Modernes et anciennes à la fois. La force du groupe tient à ces deux guitares en dialogue, les têtes de la fosse, celles posées sous les tireuses oscillent en accord. Le reste est syndical. Nouveau solo à six cordes, nouveaux accords têtus et enivrants. La fosse ne quitte plus le groupe. Ni du regard, ni du gosier. Youyous et premiers crus, un des meilleurs mélanges pour abreuver les batailles culturelles du futur.