« Le pattern de batterie y combine pulsation hip-hop et logique afro-groove, avec ce rebond souple et cette sensation d’élan continu qui évoquent certaines constructions de Tony Allen. »
momoko
momoko gill
— chronique
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par Selma Namata Doyen
photo © Manuel Vasquez
strut records
fevrier 2026
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Active depuis plusieurs années dans les zones les plus poreuses de la scène londonienne, Momoko Gill s’est d’abord imposée comme batteuse et collaboratrice recherchée. Derrière les projets de Matthew Herbert, Tirzah, Coby Sey ou Alabaster DePlume, son jeu précis et sa sensibilité aux textures s’étaient déjà fait remarquer. Momoko, premier album solo, donne une autre échelle à ce langage.
Le disque de la londonienne se distingue par une écriture à la rythmique très mobile. Sur No Others, la batterie agit comme un véritable moteur de forme : attaques sèches, accentuations déplacées, circulation nerveuse du groove. La basse absorbe ces tensions avec une élasticité constante, pendant que les éléments harmoniques s’installent par strates légères. Heavy étire davantage le champ harmonique. Accords suspendus, résonances longues, timbres laissés ouverts. La voix y trouve un espace direct, sans surcharge, soutenue par une production attentive aux nuances et aux respirations. Rewind/Remind attire immédiatement l’oreille. Le pattern de batterie y combine pulsation hip-hop et logique afro-groove, avec ce rebond souple et cette sensation d’élan continu qui évoquent certaines constructions de Tony Allen. Autour, les flûtes très présentes déploient des lignes aériennes, ouvrant le spectre et allégeant la densité rythmique. Tout circule, rien ne sature. L’album frappe surtout par l’abondance de matières sonores. Timbres de batterie, nappes de claviers, souffles, bois, textures électroniques, voix traitée comme un instrument parmi d’autres : chaque morceau semble travailler la couleur autant que la structure. Les plans s’empilent, se répondent, se déplacent. Ça bruisse, ça pulse, ça respire.
Beaucoup de disques parlent de fusion. Ici, il s’agit plutôt d’un jeu permanent entre grains, dynamiques et timbres. Une musique dense, curieuse, pleine de détails — et qui donne régulièrement envie de relancer la face A, juste pour réentendre comment tout ça s’agence.