les interviews popopop :

leon phal

Questions échevelées pour réponses spontanées. On apprend à connaître un groupe par les voies détournées, la culture pop et les voiles de pudeur. Sérieux ou pas, à vous de jauger. Avant la soirée New French Touch à La Rodia, samedi 23 mars, voici la Popopop de Léon Phal, smooth liminal saxé. David Bowie, CD gravé et diggin‘ in NYC.

Leon Phal

leon phal

Léon Phal, saxophone
Zacharie Ksyk, trompette
Gauthier Toux, Fender Rhodes, OB-6 Sequential
Rémi Bouyssière, contrebasse
Arthur Alard, batterie

ta musique, c’est plutôt un son qui pense, ou une idée qui se danse ?

Clairement, une idée qui se danse. C’est spontané. On essaie de garder l’idée le plus pure possible, dès qu’elle est énoncée, elle est comme une goutte d’eau. Et dès que la surface commence à onduler, on surfe dessus.

Ce serait qui ton modèle musical absolu ?

Il y a quelqu’un qui me passionne et dont je découvre la discographie de jour en jour, c’est Jeff Parker. J’aimerais assez être aussi prolifique et intéressant que lui. C’est marrant parce qu’ado, j’avais des potes rockeurs que me faisaient écouter Tortoise en me disant ne rien y comprendre mais que c’était pour moi parce que c’était proche du jazz. Je n’y ai rien pigé non plus. C’est plus tard, en découvrant The New Breed, que j’ai repéré que ce gars me hante depuis tout ce temps, sans forcément tout comprendre de sa musique.

Et dans un autre domaine ?

Hum… La musique a toujours été le choix le plus évident pour moi. Je n’aurais rien à citer en gastronomie ou en photo. C’est compliqué, pour moi, d’être touché par une photo. Je vais rester dans la musique et citer David Bowie, pour sa musique, ses looks. Il incarne une sorte de sentiment de liberté exacerbée… J’ai adoré aussi le personnage d’Elton John, découvert avec son biopic. Je me suis penché sur sa musique des années 70, ce gars-là me fait bien kiffer, par son extravagance… mais bon, je suis resté dans la musique.

Le tout premier son entendu aujourd’hui ?

Je n’ai pas dormi, alors le matin s’annonçait compliqué, j’ai mis un disque au hasard, c’est un truc acheté à New York : Havana/New York (for Dizzy Gillespie) de David Amram. On se baladait avec Franck Descollonges, directeur artistique d’Heavenly Sweetness, qui est un immense digger. Il s’est arrêté devant ce disque en me le conseillant très fortement : « personne ne connait ce disque, il est terrible et il est pas cher ». Je l’avais un peu laissé de côté, mais depuis quelques jours, il n’est pas sorti de la platine.

Premier vrai disque acheté chez un disquaire ?

Oh, tu sais, quand j’étais petit, c’était l’époque où on gravait des CDs… Oh, attends, si… Le premier disque, c’est ma grand-mère qui l’avait acheté parce que je le lui avais demandé. C’était Futuristically Speaking… Never Be Afraid de Yo Majesty, un duo de rappeuse de Floride.

Le plus gros malentendu de l’histoire de la musique ?

Un disque ! Ça plafonne à 97 auditeurs par mois, depuis 2 ans. C’est dans la plus pure tradition du hip-hop, The Producer’s Workshop Ensemble in Japan. L’histoire est dingue. Un type part au Japon, pour voir son père malade. Là, le Covid explose, lockdown. Il se retrouve bloqué au Japon avec 30 balles en poche et passe son temps à acheter des sampleurs et des micros dans des Cash Converters et va sampler des musiciens et des musiciennes chez eux. Le disque est incroyable. Il faut écouter Got 2 Live. C’est un chef d’œuvre.

Tu joues dans une soirée New French Touch,
ce serait quoi ton souvenir idéal de l’ancienne French Touch ?

Un truc mignon. J’étais à l’école de musique d’Epernay et il y avait une audition de fin d’année. C’était aussi un concours où celui qui jouait le mieux avait le droit d’aller chercher chez le disquaire l’album qu’il voudrait. Je voulais absolument Around the World de Daft Punk, que j’écoutais en cachette de mes parents. Du coup, je m’étais entrainé pour dégommer à l’audition, mais je n’ai pas réussi et je n’ai jamais eu ce CD.

C’est quoi la French Touch ?

Un moment révolutionnaire qui a bien excité la planète musique internationale. C’était nouveau, plutôt classe même si c’était juste une accélération des bpms de musiques existantes.

C’est vraiment possible de greffer la vibe londonienne en France ?

Non. L’industrie musicale reste une industrie, donc liée à l’économie et aux modèles d’un pays. Les Anglais sont bien plus malins que les Français, qui se reposent avec arrogance, facilement, sur leur lauriers. Je ne sais pas si ça vient de la Monarchie qui aurait bridé puis exacerbé les artistes au point de vouloir tout casser. Le mouvement punk ne vient pas de Roubaix mais d’Angleterre. Il y a dû avoir une explosion musicale pour ne pas imploser socialement. Là-bas, ça fait partie du mindset de prendre des risques.

C’est quoi le lien de parenté entre l’electro et le jazz ?

Ce sont deux musiques de danse, créées pour divertir. La seule différence, c’est les bpms. Pour moi, le jazz restera quand même la plus moderne, puisqu’elle s’imprègne des autres.

Ta définition du mélange des genres ?

Mélange ou fusion. Il faut capter et intègrer l’essence d’un style. C’est comme faire une greffe de cerisier, il faut coupe l’écorce, attacher et ça prend. C’est naturel, la fusion, sans besoin de grand chose pour que ça marche.

La reprise que tu rêverais de faire en live ?

Je l’ai déjà faite mais personne ne l’a entendue, c’était Let’s Dance, de Bowie.

Le jazz est-il toujours aussi libre aujourd’hui ?

Bien entendu. Il a même jamais été aussi libre qu’aujourd’hui puisqu’il y a de plus en plus de styles dont il peut s’imprégner.

Un solo improvisé, ça ne s’écrit vraiment jamais ?

Ça ne s’écrit pas forcément avec des notes, mais ça peut se préparer. Comme pour une course de vélo de descente, où tu sais que tu descendras à fond et que tu pourras te prendre un pierre dans la tronche. Tu peux te préparer psychologiquement et préparer ton corps avant de foncer.

À quoi on pense quand on prend un solo ?

À plein de choses, dernièrement, je pense beaucoup à ma grand-mère, à ma famille. Avant je pensais à de profs de milieu qui m’ont accompagné. Je me figurais souvent que j’étais en salle de cours et que c’était à mon tour d’improviser. Dans les hautes écoles de jazz, tu progresses en te prenant des déculottées sévères par tes profs qui te montrent où tu peux te faire enterrer. Maintenant, j’essaie de me replonger dans les discussions familiales.

Un titre pour un morceau pas encore écrit ?

Ah putain… Je te jure que j’avais une liste avec des titres dernièrement… Ah, Pkab. Il y a des gens dans les Vosges qui disent ça, je te jure : « peccab’ ». C’est presque un nom de rap. Si on ne me le vole pas d’ici là, ce sera un futur titre.

Le disque à venir que tu attends le plus au monde ?

Avec la tournée en cours, très intense, je suis moins sur les radars de sortie. Je dirais un nouvel album de Jeff Parker.

Ton meilleur souvenir de scène ?

J’aurais pu pencher pour le New Morning en 2024 mais en fait, je crois que c’est à Montpellier, pour Jazz On Top, la semaine dernière. J’ai rarement vécu ça sur scène et dans le public. Il y a une vie de club incroyable, sauvage, et notre musique à pris vraiment sens.

Ton pire souvenir de catering ?

Une loge de 10 m2, à 12 personnes avec des toilettes bouchées.

La plus jolies des choses entendues,
en sortant de scène ?

C’était à Antibes, à La sChOOl, une ancienne école transformée en club de musique. Il y avait un papy debout, avec ses deux cannes, qui refusait de s’asseoir, qui est venu nous voir pour nous dire qu’il n’avait jamais vu ça, alors qu’il avait l’âge d’un papyrus.


propos recueillis par guillaume malvoisin, mars 2024
photos © Stan Augris / DR

Ta musique, un son qui pense,
ou une idée qui se danse ?
Clairement, une idée qui se danse. C’est spontané. On essaie de garder l’idée le plus pure possible, dès qu’elle est énoncée, elle est comme une goutte d’eau. Et dès que la surface commence à onduler, on surfe dessus.

Ce serait qui ton modèle musical absolu ?
Il y a quelqu’un qui me passionne et dont je découvre la discographie de jour en jour, c’est Jeff Parker. J’aimerais assez être aussi prolifique et intéressant que lui. C’est marrant parce qu’ado, j’avais des potes rockeurs que me faisaient écouter Tortoise en me disant ne rien y comprendre mais que c’était pour moi parce que c’était proche du jazz. Je n’y ai rien pigé non plus. C’est plus tard, en découvrant New Breed, que j’ai repéré que ce gars me hante depuis tout ce temps, sans forcément tout comprendre de sa musique.

Et dans un autre domaine ?
Hum… La musique a toujours été le choix le plus évident pour moi. Je n’aurais rien à citer en gastronomie ou en photo. C’est compliqué, pour moi, d’être touché par une photo. Je vais rester dans la musique et citer David Bowie, pour sa musique, ses looks. Il incarne une sorte de sentiment de liberté exacerbée… J’ai adoré aussi le personnage d’Elton John, découvert avec son biopic. Je me suis penché sur sa musique des années 70, ce gars-là me fait bien kiffer, par son extravagance… mais bon, je suis resté dans la musique.

Le tout premier son que vous avez entendu aujourd’hui ?
Je n’ai pas dormi, alors le matin s’annonçait compliqué, j’ai mis un disque au hasard, c’est un truc acheté à New York : Havana/New York (for Dizzy Gillespie) de David Amram. On se baladait avec Franck Descollonges, directeur artistique d’Heavenly Sweetness, qui est un immense digger. Il s’est arrêté devant ce disque en me le conseillant très fortement : « personne ne connait ce disque, il est terrible et il est pas cher ». Je l’avais un peu laissé de côté, mais depuis quelques jours, il n’est pas sorti de la platine.

Premier vrai disque acheté chez un disquaire ?
Oh, tu sais, quand j’étais petit, c’était l’époque où on gravait des CDs… Oh, attends, si… Le premier disque, c’est ma grand-mère qui l’avait acheté parce que je le lui avais demandé. C’était Futuristically Speaking… Never Be Afraid de Yo Majesty, un duo de rappeuse de Floride.

Le plus gros malentendu de l’histoire de la musique ?
Un disque ! Ça plafonne à 97 auditeurs par mois, depuis 2 ans. C’est dans la plus pure tradition du hip-hop, The Producer’s Workshop Ensemble in Japan. L’histoire est dingue. Un type part au Japon, pour voir son père malade. Là, le Covid explose, lockdown. Il se retrouve bloqué au Japon avec 30 balles en poche et passe son temps à acheter des sampleurs et des micros dans des Cash Converters et va sampler des musiciens et des musiciennes chez eux. Le disque est incroyable. Il faut écouter Got 2 Live. C’est un chef d’œuvre.

Tu joues dans une soirée New French Touch,
ce serait quoi ton souvenir de l’ancienne French Touch ?

Un truc mignon. J’étais à l’école de musique d’Epernay et il y avait une audition de fin d’année. C’était aussi un concours où celui qui jouait le mieux avait le droit d’aller chercher chez le disquaire l’album qu’il voudrait. Je voulais absolument Around the World de Daft Punk, que j’écoutais en cachette de mes parents. Du coup, je m’étais entrainé pour dégommer à l’audition, mais je n’ai pas réussi et je n’ai jamais eu ce CD.

C’est quoi d’après toi la French Touch ?
Un moment révolutionnaire qui a bien excité la planète musique internationale. C’était nouveau, plutôt classe même si c’était une accélération des bpms de musiques existantes.

C’est vraiment possible de greffer la vibe londonienne en France ?
Non. L’industrie musicale reste une industrie, donc liée à l’économie et aux modèles d’un pays. Les Anglais sont bien plus malins que les Français, qui se reposent avec arrogance, facilement, sur leur lauriers. Je ne sais pas si ça vient de la Monarchie qui aurait bridé puis exacerbé les artistes au point de vouloir tout casser. Le mouvement punk ne vient pas de Roubaix mais d’Angleterre. Il y a dû avoir une explosion musicale pour ne pas imploser socialement. Là-bas, ça fait partie du mindset de prendre des risques.

C’est quoi le lien de parenté de l’Electro et du Jazz ?
Ce sont deux musiques de danse, créées pour divertir. La seule différence, c’est les bpms. Pour moi, le jazz restera quand meêm la plus moderne, puisqu’elle s’imprègne des autres.

Ce serait quoi ta définition du mélange des genres en musique ?
Mélange ou fusion. Il faut capter et intègre l’essence d’un style. C’est comme faire une greffe de cerisier, il faut coupe l’écorce, attacher et ça prend. C’est naturel, la fusion, sans besoin de grand chose pour que ça marche.

La reprise que tu rêverais de faire en live ?
Je l’ai déjà faite mais personne ne l’a entendue, c’était Let’s Dance, de Bowie.

Le jazz est-il toujours aussi libre aujourd’hui ?

Bien entendu. Il a même jamais été aussi libre qu’aujourd’hui puisqu’il y a de plus en plus de styles dont il peut s’imprégner. 


Un solo improvisé, ça s’écrit vraiment jamais ?
Ça ne s’écrit pas forcément avec des notes, mais ça peut se préparer. Comme pour une course de vélo de descente, où tu sais que tu descendras à fond et que tu pourras te prendre un pierre dans la tronche. Tu peux te préparer psychologiquement et préparer ton corps avant de foncer.

À quoi on pense quand on prend un solo ?
À plein de choses, dernièrement, je pense beaucoup à ma grand-mère, à ma famille. Avant je pensais à de profs de milieu qui m’ont accompagné. Je me figurais souvent que j’étais en salle de cours et que c’était à mon tour d’improviser. Dans les hautes écoles de jazz, tu progresses en te prenant des déculottées sévères par tes profs qui te montrent où tu peux te faire enterrer. Maintenant, j’essaie de me replonger dans les discussions familiales.

Un titre pour un de tes morceaux qui n’a pas été encore été composé ?
Ah putain… Je te jure que j’avais une liste avec des titres dernièrement… Ah, Pkab. Il y a des gens dans les Vosges qui disent ça, je te jure : « peccab’ ». C’est presque un nom de rap. Si on ne me le vole pas d’ici là, ce sera un futur titre.

Le disque à paraître que tu attends le plus au monde ?
Avec la tournée en cours, très intense, je suis moins sur les radars de sortie. Je dirais un nouvel album de Jeff Parker.

Ton meilleur souvenir de scène ?
J’aurais pu pencher pour le New Morning en 2024 mais en fait, je crois que c’est à Montpellier, pour Jazz On Top, la semaine dernière. J’ai rarement vécu ça sur scène et dans le public. Il y a une vie de club incroyable, sauvage, et notre musique à pris vraiment sens.

Ton pire souvenir de catering ?
Une loge de 10 m2, à 12 personnes avec des toilettes bouchées.

La plus jolie des choses entendues, en sortant de scène ?
C’était à Antibes, à La sChOOl, une ancienne école transformée en club de musique. Il y avait un papy debout, avec ses deux cannes, qui refusait de s’asseoir, qui est venu nous voir pour nous dire qu’il n’avait jamais vu ça, alors qu’il avait l’âge d’un papyrus.


propos recueillis par guillaume malvoisin, mars 2024
photos © Stan Augris

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