« Et de cette combinaison de rythmes, de couleurs, de cris, de chants, d’images, se façonne donc la musique folk des amours, de la joie et des combats qui survivent à leurs génitrices. »
kabareh cheikhats,
espace des arts, les musicaves
chalon-sur-saône
samedi 7 février
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par Lucas Le Texier
photo © Amine Tbeur
Blueswomen des plaines rurales du Maroc, les Cheikhats sont toutes à la fois agitatrices politiques et chroniqueuses de la vie quotidienne. Dans ce balagan transformiste, qu’il imagine et met en scène pour réveiller la puissance de leurs chants, Ghassan El Hakim dissèque leur héritage folk, redonne à ces récits leurs vraies paroles annulées par les années du Protectorat français (cf. Interview à venir) et les anime d’une insolence dissidente. Il y a des rires, des chants, du respect. Dans ce Kabareh Cheikhats, sept musiciens et chanteurs inventent puis incarnent leurs sept cheikhats et les propulsent au cœur d’un gigantesque bal populaire et exhaustif. La musique de ce Kabareh est vive, le propos est sulfureux. sept voix et corps masculins pour incarner sept musiciennes dans des grandes tenues colorées. On danse proche du carnaval génial, des bouffons shakespeariens. Sur scène et dans la salle, les chants se mélangent sur les riffs infinis des deux violons, le kâman, et les rythmes des bendir et du darbouka. À chaque chant, c’est un shot de musique traditionnelle, pris dans une ébullition musicale intense. Derrière les danseurs, un écran projette archives, photographies et traductions des paroles, qui échapperaient sinon. Ainsi, El Hakim et ses acolytes dessinent une carte sensible du chant des cheikhats : les chants de travail, les chants d’amour, les chants de fête. La troupe souligne ici les variétés de l’Aïta et du Chaâbi marocains dans les effervescences collectives, soulève là les zones d’ombres, la condition féminine sous l’occupant colonial et les chants déchirants pour les soldats partis au front. Et de cette combinaison de rythmes, de couleurs, de cris, de chants, d’images, se façonne donc la musique folk des amours, de la joie et des combats qui survivent à leurs génitrices et nous parviennent. Au-delà de sa fonction sociale, depuis les bords de la Méditerranée, depuis les recoins de l’Atlas jusqu’à une scène bourguignonne un soir d’hiver.