« Mandoliniste oblige, le virtuose arrange et s’amuse avec le grand répertoire de la country, du bluegrass, sur sa petite voix de miel et son jeu de velours. »

Garden Of Silences

garden of silences
jeudi 13 novembre,
d’jazz kabaret, dijon
— chronique


texte guillaume malvoisin
photos © Stan Augris

Le Jardin des silences, deuxième. Après l’acte de naissance nivernais, trois jours plus tôt à Nevers, greffe dijonnaise. Garden of Silences, dernier né des contre-allées de l’imaginaire de Clément Janinet, repousse un peu plus le froid et les dégâts de l’automne. C’est D’jazz Kabaret, c’est La Vapeur, c’est novembre. Toujours précieux de pouvoir suivre la germination des idées dans le cortex d’un ami musicien. Précieux, et inconfortable. Précieux parce qu’on peut alors voir fleurir les obsessions. Inconfortable parce qu’il faut arriver à ne rien attendre de cette floraison, à la laisser venir et advenir. Faire confiance et écouter, en somme. C’est aussi ce qui se joue au cœur de ce quartet dit européen, par son réunificateur. Allemagne, Norvège, France. Idéologie au cordeau, échanges davantage posés sur la générosité que sur le calcul économique, énergie dédiée entièrement à cette drôle d’affaire qu’est faire de la musique ensemble. Si, à l’extérieur, l’idée-même d’une Europe fédérée est en panne et en danger, ici, au sein du Club qui accueille Média Music, il y a de la chaleur, et de l’ampleur partagée. Ceci dû, notamment mais surtout, à la place prise par l’accordéon d’Ambre Vuillermoz en deux ou trois concerts. Le soufflet prend de l’envergure et c’est le quartet qui décolle. Arve Henriksen vers des éclats et des allures de pâtre grec, la basse de Robert Lucaciu vers un son de plomb, imparable et magnifique, Clément Janinet vers l’invention d’un mélisme d’aujourd’hui où naviguent la Renaissance, le trad, le Free et un plaisir patent à se réinventer. Se déployer. Elle fut marquante cette idée, pour ce concert au son parfait. L’esprit club laissait sans doute entrevoir ceci de plus près, à la source, presque. Quartet sans batterie mais pas sans battement, Garden Of Silences aura tracé pour une heure de jeu et ses suivantes, une pulse collective. Dense, consolatrice et réjouissante.