« Ici, ça pixelise, ça sature, ça chante haut aussi. Ça transforme des saillies en chants de luttes 2.0, ça convoque musique ancienne, parfaite ouverture de Solid Silver Tube, et hardcore sonore. Ça joue en terrain conquis. Et l’auditeurice en profite joliment.»
paris blow
flöjter
— chronique
—
par guillaume malvoisin
photo © DR
Delphine Jousssein, flûte, électronique
Mats Gustafsson, flûtes, spilåpipa, harmonica, électronique
Utech Rec. Gigantonium
30 janvier 2026
— line-up
Mettre en lecture ce Paris Blow, c’est assez proche de l’envie d’attaquer le col du Lautaret avec un des vélos que votre municipalité laisse en libre-service. C’est effronté, enthousiasmant, mais il faut tenir la distance pour en sortir indemne. En un mot, il faut du souffle. Celui qui vous permet de relancer à chaque virage, celui qui vous colle des baffes à chaque sommet ou encore celui qui justifie l’utilisation du mot épique au visionnage d’un western de Sergio Leone. Delphine Joussein et Mats Gustafsson aiment visiblement les défis comme les duels. Et c’est très attentionné de leur part. Leur Paris Blow, préfigurant la version vinyle du Brest Blow, à suivre au printemps, exposent clairement que le défi comme le duel sont moins affaire d’imbécilité ou de combat que d’exploration de soi. On connait la faconde versatile de chacun·e d’entre eux, parsemée de sourires amusés pour l’une, de « fuck » pour l’autre. Moins monolithiques que les cowboys d’ouverture de Il était une fois dans l’Ouest, les deux flûtistes mènent un dialogue dense et très clair au fil des quatre plages et 50 minutes 29 secondes de ce CD enregistré en octobre dernier à Pantin. Le son familier, la familiarité de ce qui s’y joue, nous pousse dans l’idée qu’être musicien, c’est prendre le risque se mener son obsession autour du monde plus que de repousser on ne sait quelle limite de styles ou d’instruments. Ici, ça pixelise, ça sature, ça chante haut aussi. Ça transforme des saillies en chants de luttes 2.0, ça convoque musique ancienne, parfaite ouverture de Solid Silver Tube, et hardcore sonore. Ça joue en terrain conquis. Et l’auditeurice en profite joliment. Outre la visite imaginée de Morricone, d’Harold Alexander, on perçoit d’évidence la complicité de Gustafsson et Joussein. Elle se sera étayée depuis quelques temps, au sein du trio Nout où l’une a invité l’un, du Fire! Orchestra où l’un à reçu l’autre. Avec Flöjter, elle flotte au-dessus des textures et de l’amour du riff qui apparaissent au fil d’un disque magnifique, gravé de maîtrise et de confiance. Le son est joueur, comme on pourrait l’être l’envie de faire sonner Breathe, Brest, Breast et Breeze, comme pourrait le devenir une ascension de grand col à tricycle. Naïve et nourrie de panache.