« C’est tendu, généreux, à sa place. C’est puissant, fragile et d’une largeur à faire pâlir l’envergure d’un albatros. »

deep in the earth high in the sky

deep in the earth,
high in the sky
aymeric avice,
chad taylor,
luke stewart
— chronique


par guillaume malvoisin
photo © DR

line-up

Aymeric Avice trumpet, flugelhorn
Luke Stewart double bass, mbira
Chad Taylor drums, mbira

rogue art
février 2026

De la Terre à la Lune. Ce vieux faussaire génial de Jules Verne nous avait déjà fait le coup. En 1865, précisément. 160 ans plus tard, ils sont trois à remettre le compteur à zéro. Aymeric Avice, Chad Taylor et Luke Stewart sortent Deep In The Earth, High In the Sky. Album trajectoire fait de musique circulaire et d’explorations in situ. Propulsées par Rogue Art et le festival Sons d’hiver — les notes de pochettes raconte très bien la genèse du disque — les suites et les douze plages sonnent comme autant de mini-manifestes, de traces semi-concrètes d’une rencontre heureuse, de résurgences sonores. Parmi ces dernières, l’intro de Unknown Suite #3 qui émeut l’oreille en attaquant avec une rythmique très branchienne, ravivant un départ trop violent pour être pardonné. Résurgence. Tout comme le sont les intro et outro à la mbira pour Taylor et Stewart, les effets de reverb et de distorsion pour Avice. Son petit pavillon à la tête dure, et les coudées franches. Enregistré au Studio Sextant, Deep in… n’est pourtant pas un objet circonstancié voire commémoratif, encore moins le résultat d’une lubie programmatoire. Bien au contraire, on reste au fil du disque sur la crête d’une musique à hauteur d’hommes, ceux qui la jouent, et de pensées humaines, celleux qui l’écoutent. C’est tendu, généreux, à sa place. C’est puissant, fragile et d’une largeur à faire pâlir l’envergure d’un albatros. Cosmique, parfois, têtu quant aux idées immergées dans le son d’ensemble, urgent souvent. Si le titre peut résonner étrangement avec votre biographie, la Earth et le Sky semblent pourtant rester mystérieux pour chacun·e. Jules Verne poussait le vice jusqu’à sous-titrer son roman d’un précis en 97 heures et 20 minutes. Record battu. En 60 minutes et 55 secondes, ce trio transatlantique vous colle au visage des éclats de comète avant de vous laisser reposer, deep in a sorte d’apaisement profond.

pink