« Chaque morceau module, malaxe et éclaire le morceau précédent, allume les mèches du morceau suivant. La lumière y trouve des teintes qui font titres, des éclats inattendus, des surprises sonores, des ostinatos cinématiques.. »
bliss
régis huby
— chronique
—
par guillaume malvoisin
photo © DR
Régis Huby violon ténor électro-acoustique
Séverine Morfin alto
Clément Petit violoncelle
Claude Tchamitchian contrebasse
Samuel Blaser trombone
Michele Rabbia batterie,
électronique, scie musicale
le triton, octobre 2025
— line-up
Mettre en lumière. Il y a beaucoup de cela dans Bliss, disque ravi d’un sextet où la corde n’est pas le moindre des attraits. La mise en lumière, on l’aura noté, chez Régis Huby, est habituelle ixi comme ailleurs. Ici, cependant, elle prend naissance dans une forme organique, et s’étale, comme la mer s’étale sur les plages du Cotentin, sur les 10 plages et 5 parties du disque. Bliss est un disque de procédé, ancré dans une histoire et une certaine élégance française à-la-label-bleu. Rien de problématique, le système architecturale corinthien s’est bien réalisé sur cette affaire de système. Pour Bliss, de petits motifs distribués patiemment entre les cordes et l’électronique, puis une montée lente et imparable, puis le trombone et la batterie pour le contrepoint du récit. Chaque morceau module, malaxe et éclaire le morceau précédent, allume les mèches du morceau suivant. La lumière y trouve des teintes qui font titres, des éclats inattendus, des surprises sonores, des ostinatos cinématiques. Prenons Green ou Purple par exemple, pour illustrations de cela. Le quartet à cordes, revu à l’octave et empesé avec audace dans la tessiture grave, va chercher l’image. Aussitôt décadrée par Samuel Blaser ou Michele Rabia, faiseurs parfaits de hors-champs sublimant la vérité d’un disque intérieur. Car Bliss est traversé certes par l’émerveillement mais aussi par le deuil et la perte. Jamais complaisant avec la douleur, jamais larmoyant, Huby et son disque regardent ailleurs, en l’air, vers un horizon où les teintes s’assemblent pour ne former que du blanc. Il y avait cela dans les fêtes foraines du début de XXe. De petits objets à faire tourner avec une manivelle, sur lesquels un disque de carton était accroché, portant tout l’éventail des teintes d’un arc-en-ciel. En tournant, les couleurs s’additionnaient dans la rétine, se diluaient pour se fondre dans une blancheur immaculée. Ici, la blancheur, moins immaculée que granuleuse, agit de même en frappant le tympan. Elle y décoche des images accrocheuses, des spectres aguicheurs et quasi-shakespeariens.