« Sans jamais forcer le cross-over, la musique d’AMG est de ce temps de l’omnivorisme musical. Où aimer le free et la scène rap donnent un de ces sons du jazz au XXe siècle. »

AMG

amg
d’jazz kabaret
la vapeur, dijon,
jeudi 19 février
— chronique


par Lucas Le Texier
photo © Frédéric Magalhaes

AMG est un OVNI. Acronyme en guise d’extrait de la théorie disquée de Yusef Lateef : Autophysiopsychic — un disque de 1977 qui fusionnait joyeusement le p-funk primitif et le post-bop. Comme beaucoup en ces temps, les jazzmen africains-américains des 70s font de la funk le grain de sel de leur jazz post-bop. On y voit dans cette filiation assumée avec ce terme par les quatre parisiens de ce soir comme un hommage à leur époque. Pour le dire autrement : ils sonnent comme si le quartet de Coltrane s’était détendu au jazz-rap. Une urgence qui aurait été contaminée par la nonchalance et la cool-attitude, lunettes de soleil bien calées devant les yeux. Une joyeuserie groovante pour quatre prodiges qui ont écouté les maîtres du free et en ont récupéré les fragments d’hypnose. Tout y est : l’accompagnement d’un McCoy Tyner sous les doigts d’Antoine Fleury, l’insistance droite d’un Jimmy Garrison à la contrebasse d’Anthony Jouravsky. L’alto de Keïta Janota se balade sur cette bondieuserie improvisée, souffle puissant et coriace qu’il dope au stop and go. Principes cardinaux ici que ces arrêts, relances, nouveaux thèmes dans ces morceaux gourmands et longs. La sensation de temps reste court dans le jeu organique de ce quartet, grâce à une écriture où séquences et improvisations se répondent et se cannibalisent entre elles. L’écrin hip-hop d’AMG est un stimulant qui se marie parfaitement avec les sonorités groove et sombres, des couleurs plus proches d’un The Shape of Jazz To Come d’Ornette Coleman. Sans jamais forcer le cross-over, la musique d’AMG est de ce temps de l’omnivorisme musical. Où aimer le free et la scène rap donnent un de ces sons du jazz au XXe siècle.

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