« Les émotions affleurent et les productions dissonantes installent un flux continu. La vulnérabilité n’est pas un effet de style, elle structure l’album. »
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par Antonia Barot
photo © DR
19 juin 2026
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Antidote, 18 tracks, 18 raisons d’entrer dans la matrice Ajna. « Bienvenue sur Antidote » lance une entité mi-humaine mi-logiciel à la fin de Gum, track d’intro. Une voix qui ne présente pas un disque mais initialise un système. Difficile de ne pas penser à Laylow période Trinity dans cette manière de scénariser l’écoute. Mais réduire Ajna à cette filiation serait une erreur de lecture. Ce serait passer à côté de ce qui le rend déjà singulier. Derrière ce dispositif, il y a un bagage qui déborde largement du rap. Pink Floyd pour les ambiances, The Doors pour les nappes psyché. Aznavour, Bashung et Barbara pour la culture de la chanson et l’amour des paroles qui infusent dans ses barz.
Originaire de Haute-Loire, il n’a pas échappé au virus hip-hop et gratte maintenant ses textes depuis Paris. Avec une productivité presque compulsive, il sort l’année de ses 20 ans trois EP puis enchaîne avec deux albums en deux ans. Arrive Antidote : « J’ai pris du temps pour m’envoler, j’ai pris du temps mais me voilà, comme un chewing-gum resté collé ». L’album donne l’impression d’une introspection non linéaire, saturée de textures, comme si Ajna s’imposait un environnement sonore qui refuse le confort. Les émotions affleurent et les productions dissonantes installent un flux continu. La vulnérabilité n’est pas un effet de style, elle structure l’album.
La tracklist monte crescendo vers l’électronique. L’enchaînement Danger / Britney (All Black) opère une bascule : le disque quitte l’intime pour rejoindre le club. Côté featuring, Ajna s’entoure de la crème du rap parisien avec Nes sur Nectar Music et J9ueve sur Premier Essai. Derrière les machines, un panel de beatmakers qui évite l’entre-soi : Lil Chick, passé par les univers de Madlib, Westside Gunn et Talib Kweli ; C Medina, dont les productions empruntent à l’indie rock ; 16bener, présent depuis les premiers projets d’Ajna et Sectra dont les crédits s’étendent de Tiakola à 13 Block en passant par Sonny Rave. Une pluralité de profils qui se reflète dans l’identité propre à chaque morceau du projet. Reste à savoir si l’antidote d’Ajna apaise ou amplifie le trouble.