« Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. »
felsh!
— chronique & interview
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Chronique live. Le Crescent, Mâcon, mars 2022
Interview. Rencontre à Corgoloin, août 2021.
Résidence, Manoir Équivocal
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par guillaume malvoisin et Lucas Le Texier
photo © DR
line-up
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Jonathan Chamand Contrebasse
Clément Merienne Piano
Loup Godfroy Batterie
chronique
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Felsh!, plutôt simple à résumer. C’est du jazz de cellule. Du jazz joué derrière un quadrillage impeccable mais sans maton ni caïd pour contredire ni interdire quoi que ce soit. Cellules, donc. Cellules rythmiques répétées pour le seul plaisir d’être modulées. Patterns harmoniques mis en place pour le seul bonheur d’être soumis à la rupture ou stoppés net. Ça expérimente sec, Felsh! en scène. Comme une interjection, le nom. Comme un Eureka viandard et instinctif. Et ça produit dans le trio. Depuis l’héritage français du XXème, la culture club, les partitions contemporaines. Le son de la contrebasse est solide et les pistes tracées par le piano, à cru ou préparé, sont parfaitement complexes, parfaitement ludiques. Avec la dose utile de pose et d’attitude. Bien sûr, c’est un peu raide mais ces structures enchaînées le sont avec une joie visible. Felsh! fouille et cherche, obsession à peine convaincue par l’envie de trouver. La joie est dans la recherche. Meilleur exemple avec Céramique, écrit par Clément Merienne. Le soin est mis dans l’élégie rapide, la miniature vive, l’atmosphère. Le jeu de la surprise sensible semble balisée par le drive libre de Loup Godfroy. Batteur imparable qui garde le jeu du trio constamment très ouvert. Felsh, faich’, vraiment pas simple à enfermer en cellule.
interview
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Felsh!, c’est quoi ?
Jonathan Chamand : C’est un mot inventé, pour de la musique inventée.
Clément Merienne : On s’est rencontré au conservatoire par hasard, et après une session autour de standards, on a décidé de monter un répertoire de compositions. On s’entendait vachement bien musicalement, dans l’énergie et dans l’interplay.
Felsh!, c’est du jazz ?
CM : Le jazz fait partie de nos influences. Comme l’improvisation, comme la musique contemporaine, comme les musiques du monde… On essaye de ne pas fixer de genre, mais on s’inspire de tout ce que l’on a écouté. ça peut même être du rock ou de la chanson française.
Clément, ça fait un moment que tu travailles autour de la musique improvisée et minimaliste. Felsh!, c’est la continuité ?
CM : C’est aussi l’occasion de reprendre cette formation classique qu’est le trio, souvent utilisée en jazz pour les standards. J’aime assez bouleverser les codes et les rôles de chaque instrumentiste.
Comment ça travaille dans Felsh ?
JC : On se partage le travail. Pour les impros, on peut partir d’un son qui nous a accroché, une idée vraiment basique, solfégique, de type répétition de note ou de motif. Ou alors, de manière très standard, on part d’un thème mélodique et on place des accords en dessous ou inversement.
Loup Godfroy : pour les arrangements, on est hyper attentifs. On fait très attention à ce qu’il se passe sur l’instant, et on crée petit à petit comme ça, avec des petits moments où on s’arrête pour savoir ce qu’on garde ou pas. Au fur et à mesure, la composition bascule.
Sur votre Soundcloud, vous vous définissez comme un « groupe de transe sonore ».
JC : Quand on l’a, c’est génial, et c’est grisant.
LG : Transmettre, c’est un petit peu le défi de ce groupe : amener les gens à écouter d’une manière différente, à prendre plus le temps et à se demander : « Qu’est-ce que ça déclenche ? Qu’est ce qui se passe si j’attends ? ».
Sur quoi travaillez-vous en résidence ?
CM : À chaque fois, sur des choses différentes. Il y a des résidences où on travaille sur les morceaux dont on épuise les manières de jouer, où on passe du temps à échanger et à se mettre d’accord sur les arrangements. Sur d’autres, on se concentre sur l’improvisation.
LG : Tout ça dans le but que la composition devienne simplement un matériau pour l’improvisation. On a une base ouverte à tout, exploitable sans avoir à réciter une composition.
Vous vous sentez sur le même pied d’égalité pendant une impro ?
JC : En général on se suit assez vite, mais il se peut que d’un morceau à l’autre, un de nous soit plus dans la direction d’improvisation, alors le morceau change. Ensuite, tel morceau peut être dirigé par Clément, et le même morceau, au prochain concert, il sera dirigé par Lou, ça change tout le temps.
À quand le premier album de Felsh ?
CM : On y pense. Y’a un répertoire qui devient de plus en plus cohérent, et je pense qu’on le sentira tous les trois quand ce sera le moment.
Ce serait une contrainte ?
LG : C’est toujours une contrainte de fixer la musique et, en ce moment, on évolue beaucoup et notre répertoire aussi, pour le moment, y’a pas d’album.