« Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz.  »

Didier Ithursarry Trio

didier ithursarry trio
— chronique & interview

Rencontre à Cosne-Cours-sur-Loire, dans le cadre
de la saison D’Jazz Nevers Nièvre, mai 2022
Palais de Loire.

Propos recueillis au Café Charbon, le 10 mars 2022.


par Lucas Le Texier
photo © DR

line-up

Didier Ithursarry Accordéon
Joce Mienniel Flûtes
Pierre Durand Guitare

chronique

Bal multicontinental
Mieux que le piano du pauvre pour raconter de belles histoires ? Pas sûr. La musique populaire d’un côté, avec son énergie, sa vitesse, sa nostalgie aussi, comme dans Esperanza. Les contours acoustiques du morceau prolongent l’imaginaire de la salle enfumée et des corps unis face à la musique. Avant tout, c’est cette légèreté de l’être qui frappe, la réflexivité du musicien qui n’a jamais renié ses origines. Sur l’autre bord, le jazz. Le souffle et l’utilisation de la flûte rythmique, percussive de Joce Miennel ; la guitare électrique de Pierre Durand et les mimiques rock qui viennent trancher ce que pourrait être le conformisme d’un tel trio. L’élasticité des musiciens et l’absence de rythmique convertissent la souplesse du trois temps dans des mélodies inspirées des continents sud-américain et africain. Toujours, ce rappel incessant, ce retour enivrant, cette obession du thème propre aux vieilles chansons populaires… Pas si perdu que ça, le petit bal.

interview

Atea, qu’est-ce que c’est ?

Didier Ithursarry : Atea, c’est un mot de mes racines basques qui signifie « la porte ». Une porte vers l’ailleurs mais aussi une porte vers soi et l’intimité. Mon intimité. C’est aussi une invitation à traverser cette porte. Cette symbolique correspondait au répertoire de ce projet.

 

Dans ta formation, tu fais le choix de ne pas avoir d’instrument rythmique.

DI : Je voulais quelque chose de plus roots et de plus fragile qu’un quartet de jazz au sens classique. Avec cette formule, Joce Mienniel est aux flûtes et Pierre Durand à la guitare électrique – et non acoustique, pour le côté blues et terrien. Je suis à l’accordéon et j’ai réussi à trouver une fragilité. Il y a plus de respiration, plus de surprises et plus d’échanges entre nous. On est tout à la fois, mélodistes-chanteurs et rythmiciens.

 

Pourquoi as-tu réuni ces deux musiciens ?

DI : La musique que nous jouons est axée sur la danse et sur des choses que je m’étais refusées jusqu’alors : aller flirter avec le répertoire brésilien et africain. Je crois que Joce et Pierre sont tous les deux dans cette curiosité aussi. Nos projets respectifs sont très différents, mais je trouve que le fond commun fonctionne et que ça valait le coup de nous rassembler.

 

Des influences particulières ?

DI : Je viens de la musique populaire. Toute ma jeunesse, au Pays basque, j’ai joué de la musique traditionnelle à l’accordéon mais aussi de la musique de danse. J’ai fait danser toutes les grands-mères du coin [rires]. Cependant, j’avais envie d’ailleurs. Cela a été permis par la rencontre avec Claude Barthélémy. Je me suis retrouvé du jour au lendemain dans son Orchestre National de Jazz !

 

Revenons à ton album. Dessus, il y a un morceau-fleuve, c’est Forró.

DI : Le forró, c’est une danse brésilienne. Le thème principal m’a été apporté par les musiciens brésiliens que j’écoute encore comme Hermeteo Pascoal, Egberto Gismonti, Sivuca, tous figures emblématiques de la musique brésilienne. Je suis attentif aux accordéonistes surtout. Puis, j’ai mélangé beaucoup de choses : un air traditionnel basque, un hommage à ma mère, une ballade, de la danse.

 

Il y a un autre titre, Mali. D’où t’est-il venu ?

DI : Tout est parti d’une rythmique, vraisemblablement inspirée des disques de musique africaine que j’ai pu écouter. J’aurais pu aller plus loin dans le titre de ces morceaux mais ce furent les premiers qui me sont venus à l’esprit. J’étais un peu enclin à changer par la suite.

 

Comment composes-tu pour ce projet ?

DI : Je suis inspiré par ce qui m’entoure : les humeurs, les choses que je vois et que j’entends, les musiciens avec qui je joue. Souvent, ce sont des bouts d’idées que je note par-ci, par-là, pour y revenir un peu plus tard. Je cherche une histoire la plupart du temps : sur Sherlock, j’imaginais bien Holmes rencontrant les Beatles. J’ai donc écrit un truc qui passe d’un univers à l’autre. C’est pour cela que mes morceaux sont assez longs, ils contiennent une certaine dramaturgie.

 

Un autre album en préparation ?

DI : Pour le moment, pas avec cette formation. Quand j’ai l’occasion de faire de nouvelles choses, j’ai envie d’aller ailleurs – ce n’est peut-être pas une si bonne chose [rires]. Il faut déjà que la musique vienne : j’attends d’avoir de la matière dans le tiroir. C’est à ce moment-là que tout se déclenche.