« Au-delà de la découverte intriguée d’un leader de projet jouant du générateur de tonalité sinusoïdale en intonation juste, Stein Urheim vient nourrir quelques unes de nos obsessions. »
hypertension,
graax
— chronique
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par guillaume malvoisin
photo © Morten Spaberg
line-up
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Stein Urheim : compositions, guitares acoustiques et électriques modifiées, ronroco, tamboura, électronique, field recordings, générateur de tonalité sinusoïdale en intonation juste, percussions
Ikue Mori : électronique
Sam Gendel : saxophone, électronique
Hans Kjorstad : violon
Siv Øyunn Kjenstad : batterie, voix
hubro / grappa
janvier 2025
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C’est amusant. Si Ted Milton, poète-leader du génial trio Blurt, aime à chanter comme Ornette sait jouer, Fred Gastard, dans ce disque semble souffler comme Ted Milton scande. En lyrisme impatient, en ruptures toujours déliée. C’est élégant. Deuxième titre du disque à écouter vers la minute vingt-quatre secondes pour le découvrir. Sur le reste du disque de GrAaX, c’est du même acabit. Hypertension, dont c’est le titre, est beaucoup plus fin que ses géniteurs veulent bien le faire croire. Fabien Duscombs frappe sec sans taper dans le cuivre, droit et magistral à son habitude, et Colin Jore semble moins forban que sur ses autres projets personnels. GrAaX, c’est fort et fin, donc. Mais rapide aussi, très cursif, dans ses cavalcades généreuses, Basses Gorges II, heurté et lucide dans son quadrillage à la couleur du moment, The Big Truffe. Le trio semble chercher des solutions à la clameur du monde, une porte de sortie ou simplement la clef des champs. Et ce qui est beau, dans ce disque, c’est que cette quête n’aboutit pas vraiment. Il faudrait cumuler les prises, les morceaux restés dans le fossé, les idées non-advenues pour faire le tour de ce discours. Bavard, GrAaX ? Non, prolixe seulement. Sans les mines affectées qui parsèment parfois les scènes de jazz, sans les airs bravaches de celleux qui font semblant d’être imperméables au désir de l’audience. Bref, GrAaX, c’est un trio de son temps, ça fait avec l’humeur du jour, les angoisses et les beautés intimes, les moyens du bords, tutoyant Leonard Cohen ici et la liberté ailleurs. Sans s’en contenter, les trois comparses détendent sans le savoir leur Hypertension. Avec un lyrisme impatient et des ruptures toujours très souples.