« Tonight se conjugue au présent constant. Neuf, à chaque rotation. Ancien comme le monde quand on le démonte. Nouveau dans l’utilisation d’une main gauche qui place Namas du côté des bandits manchots à haut potentiel. »

tonight / Namas © Elie Barraud

tonight,
namas
— chronique


par guillaume malvoisin
photo © Elie Barraud

line-up

Gael Bourgeault Grand piano, upright piano, fender rhodes, keyboards
Léo Debroise Upright bass
Victor Dubois Drums
Franck Martin Recording, engineering

dooinit Music
février 2026

En 2026, il conviendrait d’être nostalgique, idiot ou inconséquent pour s’aventurer dans le Groove electro mâtiné de jazz, porté aux nues par un Gilles Peterson, faiseur d’une énième nouvelle vague anglaise, en lançant, en 2017, la compile We Out Here et ses artistes. Très chics par ailleurs. 10 années plus tard, ce qu’on appelle encore jazz est passé par pas mal d’autres influences, plus pop, plus art, plus fraîches. Et c’est très chic aussi. Dans le maelström de la production francophone, on s’y perd à loisir et par bonheur. Namas, triade venue de rennes, tient tête. Têtus les Bretons ? Comme du granit. Mais Namas ne compte pas sur cette seule qualité pour la réussite du très beau Tonight, sorti ce mois-ci. Cette fois-là, le trio toujours à son élégance, prend le Groove briton par la face classe. Ce qui lui évite les redites, les ornières, les postures mal assumées. Bref, d’être à la mode. Son artisanat, Namas, le fabrique avec des hooks dignes du hip hop, les cinq notes redoutables du gimmick de Fy, avec des ascension climatiques, Eleven, des feats extravertis, Don’t Rush osent-ils ralentir tout en poussant Keysuna à dévaler des escalier de soul suprême. Tonight se conjugue ainsi au présent constant. Neuf, à chaque rotation. Ancien comme le monde quand on le démonte. Nouveau dans l’utilisation d’une main gauche qui place Gaël Bourgeault du côté des bandits manchots à haut potentiel. Loin de se faire voyage, et c’est parfait, ce disque vous pousse à l’écoute active, loin d’être un rêverie, c’est un songe eyes wide open, comme peu savent les tailler. Lire l’héritage de façon, on n’accrocherait guère que Flying Lotus, Steve Lehman ou Mark de Clive-Lowe à notre tableau de score.

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