« Le genre de truc à écouter sans faire gaffe, qui peut vous surprendre d’y revenir, à une heure indécise, pour vous y baigner jusqu’au nez. En douceur. »
langeleik
geir sundstøl
& joe harvey-whyte
— chronique
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par guillaume malvoisin
photo © Roberto johnson
hubro records
janvier 2026
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Bis repetita. Au sujet d’un précédent disque, Sakte Film, nous décrivions Geir Sundstøl comme un activiste des cordes, un geek d’instruments, un compagnon fidèle et visiblement amoureux des grands espaces. Pas certain que ce Langeleik ne change la donne. Non, mais qu’il approfondisse notre écoute, ça oui. Et deep inside. Forcément, car Langeleik est un disque liquide. Inventé et joué en compagnie de Joe Harvey-Whyte, les neufs plages lentes et contemplatives portent l’oreille dans les abysses, et l’œil sur une cover fluide et très bleue. C’est aussi la couleur de la musique créée par le duo anglo-norvégien. Mieux qu’une finale des Sept Nations à la ramasse, le match ici est paisible, acéré mais paisible. Tout entier tourné vers la recherche d’une atmosphère unique, cohérente et dédiée avant tout aux possibilités sonores de la pedal-steel guitar. Bleue, la musique, oui, on entend une fois de plus, pour qui serait coutumier des musiciens, le blues, vu et revu par la nationalité de chacun. Americana légèrement black pour Harvey-Whyte, western pastel pour Sundstøl. Bleu·es et profond·es donc, la pensée et le son de ce disque. Enregistré à Oslo, Langeleik convoque autant d’instruments qu’un pasteur pourrait en bénir, ne confine jamais à la démonstration et s’autoproclame « disque avec lequel ne rien faire ». C’est même ce qui est bienvenu ici. Langeleik ne prête pas à la rêvasserie lounge, encore moins aux paysages intérieurs qui pullulent aujourd’hui dans les notes d’intention, mais Langeleik est un disque de rêverie, qui vous immobilise, dans ses profondeurs, pour vous ramener à la surface, avec un supplément de votre propre âme. Le genre de truc à écouter sans faire gaffe, qui peut vous surprendre d’y revenir, à une heure indécise, pour vous y baigner jusqu’au nez. En douceur.