O.U.R.S

Clément Janinet : violon, composition ⋅ Hugues Mayot : clarinette basse, saxophone ténor Joachim Florent : contrebasse ⋅ Emmanuel Scarpa : batterie

Chronique et rencontre à Dijon, février 2020
D’Jazz Kabaret, La Vapeur.

Les Sessions Missionnement.
Formations et concerts soutenus par le Centre Régional du Jazz en BFC

« On partage pas mal de goûts et d’expériences en commun. Cela simplifie les relations au sein du groupe et le travail devient simple et très fluide. C’est un luxe. »

Cet ursidé-là a, sous le pelage, plus de puissance et de délicatesse qu’une meute de grizzly de cinoche. Plaisir de l’accord large ouvert. Joie de la résonance. En scène, O.U.R.S. s’amuse. Deux albums, la matière à jouer est large. Clément Janinet, leader discret du projet, en appui mélodique ou en confrontation rythmique. Le violoniste joue goal volant, quoi. Joue mais à quoi ? À convoquer du sentiment. Sans être péremptoire. Ça joue mélancolie, en tapant dans le sens noble du mot. En l’affublant d’un groove sans remord ni regret. O.U.R.S. reste en avance, d’un sentiment, sur l’auditeur. Et, dans l’espace crée entre l’attente et le réel, la quartet de glisser un paquet d’images sonores, d’assauts minuscules et de grandes claques fraternelles. (chronique intégrale à lire ici)

— Rencontre avec Clément Janinet © Élodie Perret & David Meugnot (LeBloc/Sparse média)

Ton groupe s’appelle O.U.R.S. C’est pas un peu pénible qu’on te confonde avec le fils Souchon ?
Non, je trouve ça assez marrant. C’est vrai qu’on m’en parle souvent.

O.U.R.S., jazz animal ?
On peut déjà dire que c’est du jazz. Après, il y a effectivement une énergie assez brute.

Elle vient d’où cette énergie ?
C’est très présent dans ce groupe, on l’avait déjà initiée dans Radiation 10, il y a une dizaine d’années. C’est aussi l’énergie des musiques que j’aime.

Ta musique est une musique très écrite
Elle l’est en pensant d’abord aux musiciens qui vont la jouer. Mais ce n’est pas si écrit que cela. Il y a des débuts de thèmes et des indications de jeu, bien sûr, mais aussi plein de parties ouvertes. Chaque musicien prolonge les indications, puis on arrange ensemble. C’est amusant cette complicité, je m’en suis aperçu quand on a eu à remplacer des membres du groupe. Quand un nouveau musicien arrive, il veut des partitions, c’est normal. Pourtant, il est paumé en écoutant le disque et en essayant de trouver les repères de ces partitions.

Les partitions étaient donc déjà obsolètes à l’enregistrement ?
Oh, non, seulement il y a plein d’éléments qui ne sont ni écrits ni fixés. Et comme on se connait depuis 15 ans et qu’on jouent ensemble depuis très longtemps, ces éléments s’agencent de façon naturelle.

Comment s’est constitué le line-up d’O.U.R.S ?
D’abord par les musiciens, ce qui a induit ensuite les couleurs de la musique. L’idée est aussi de prolonger tout le chemin fait avec Radiation et on partage pas mal de goûts et d’expériences en commun. Cela simplifie les relations au sein du groupe et le travail devient simple et très fluide. C’est un luxe.

Et dans ce luxe, tu reviens à une formation quasi classique en quartet, à la nuance près du violon qui remplace le piano ou la trompette attendus.
C’est vrai que dans les trucs que j’ai pu écouter, c’est souvent du sax/trompette, ou des quartets avec sax et claviers. Le fait de ne pas avoir de clavier me permet de tenir ce rôle harmonique, même si la musique reste très modale. Je peux donc faire partie de la rythmique. Mon idée tenait beaucoup à cela, ne pas me cantonner à un rôle de soliste ou de mélodie mais de pouvoir rentrer dans l’accompagnement du sax.

© David Meugnot

Tu la vois comment, toi, la différence entre le premier et le deuxième album ?
Le premier était sans doute plus sur la musique Free des années 60, celui-ci est plus axé sur les musiques trads.

Tu me disais, il y a peu, que tu avais fait ton disque le plus jazz.
C’est qu’il est assez léché, très produit. C’est du jazz, quoi.

Ta musique est ultra personnelle, pourtant elle a deux bornes universelles : Ornette Coleman et Steve Reich.
En écrivant et en créant cette musique avec le quartet, ce sont deux choses qui sont ressorties. Je n’avais pas préconçu de style avant cela. Ce sont ces deux influences principales qui ont donné le nom du quartet, Ornette Under Repetitives Skies, comme un clin d’œil aux morceaux où ces influences sont très présentes.

Le violon est un autre point commun entre O.U.R.S. et Ornette. Tu t’es inspiré de son jeu ?
Je l’ai découvert assez tard au violon, et par hasard. C’était à Marciac dans les années 2000, j’étais bénévole sur le festival. Ornette avait joué 3 morceaux au violon, j’étais sorti du concert hystérique et mes potes râlaient en avançant qu’il ne savait pas jouer. J’étais donc un peu resté sur ma faim, jusqu’à ce que je réécoute sur disque et que ça finisse de me convaincre.

L’héritage américain, important pour toi ?
On a aussi une partie de notre musique qui puise dans l’héritage du Free européen. Il y a aussi d’autres influences, notamment dans ce deuxième disque, tout autant liées à la répétition et au rythme qui me passionnent depuis longtemps. Ce sont les musiques traditionnelles.


L’Afrique et la Bourgogne.

Il y a un peu d’Afrique, c’est vrai, mais aussi un morceau issu du répertoire morvandiau. J’ai fait une résidence à la Maison du Patrimoine Orale de Bourgogne. Même si je n’ai pas poussé l’exercice jusqu’à faire un album entier consacré à ce répertoire, il y a pas mal de principes rythmiques, des équivalences et de procédés de structure qui m’ont influencé dans ce disque. Même s’ils sont discrets, chaque morceau en rapport avec une musique de danse.

Il y a ce morceau, Un Pas de 4, où on entend aussi le son Piffarély/Sclavis.
Ces disques-là sont de vraies influences pour moi, je les ai poncés. C’est notamment pour cela qu’Yves Robert a été invité sur Danse ?, c’est un clin d’œil à un album comme Les Violences de Rameau de Louis Sclavis qui m’a marqué durablement.

En invitant Yves Robert sur cet album, tu t’acquittes d’un tribut ?
C’est une jolie chose d’avoir un moment avec un tel musicien et de pouvoir partager un moment, même s’il est court. On est ensemble, on fait de la musique, sans se demander d’où on vient.

• Propos recueillis par Guillaume Malvoisin à Dijon, le 28 février 2020, à La Vapeur.
O.U.R.S est une des formations dont les concerts sont soutenus en 2020 par le Centre Régional du Jazz en BFC.  + d’infos.

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