Voilà un sacré petit foutoir, mais il fallait bien cela afin d’inaugurer cette playlist pour LeBloc : enfiler son costume de disc-jockey en musiques libres pour vos oreilles depuis longtemps insensibilisées. Et d’autres trucs aussi.

#3

J’étais assis devant un carton. De ces cartons plein de papiers et choses diverses devant lesquels on passe trop souvent en se disant qu’il faudrait un jour se pencher dessus. Et parce qu’on a envie de faire confiance à son intuition qui nous dit qu’il y a certainement quelque chose à y découvrir. Et puis un jour pas fait comme un autre, un jour où l’on traine, on finit pas s’assoir devant.
J’étais donc assis devant ce carton. Il devait dater du précédent déménagement, jamais déballé. Et c’est plutôt bon signe, ça veut dire qu’il renferme des choses à priori inutiles au quotidien. Pas mal de vieilles revues, pour la plupart hebdomadaires. Se replonger dans les revues hebdomadaires est un excellent chemin de sagesse puisqu’il permet de se confronter à la vacuité des informations. Au moment de sa parution, le titre qui barrait sa une était au coeur de l’actualité, le sujet était sur toutes les lèvres. Un tsunami, un PDG qui s’évade du Japon, une guerre en Irak. J’ai le souvenir d’avoir trouvé, dans une maison de location quelque part en Bretagne, un vieil exemplaire du Point, un peu corné. S’y affichait Dominique Strauss-Kahn, le sourire sardonique et un magnifique costume sombre à fines rayures gris clair. En jaune, dans une police bien grasse et massive, cette question qui n’en était pas une : « De quoi a t’il peur ? » À la relecture de ces vieux magazines, je ne peux m’empêcher d’être saisi d’un sentiment de toute puissance. À cette question directe posée et imprimée fin 2010 j’ai la réponse. Je sais. Ceux qui lisait ne savaient pas. C’est une formidable machine à remonter le temps et à avoir réponse à tout, à être dans le secret.
Je suis toujours assis devant ce carton et je feuillette cet hebdomadaire. Sur une pleine page de publicité, trône un magnifique pavillon, chien assis et tuiles bien alignées, au tarif défiant toute concurrence. Chéri, si on construisait ? D’un rêve de maison avec une tourelle façon médiévale et une véranda sur le jardin, on se retrouve avec un bête pavillon « peut-être plus adapté à votre budget ». À l’arrêt de bus, où nous attendions oisivement, dans le froid, le bus pour aller au collège, un copain nous avait raconté, les mains dans les poches de son jogging, que son frère était passé à travers le mur de sa chambre. Evidemment, nous nous étions foutus de sa gueule. Il avait toujours tendance à en faire trop. Mais que si, que c’était vrai, qu’ils jouaient ensemble dans la chambre à sauter sur le lit et que l’un a poussé l’autre et qu’il a fait un gros trou dans la cloison. Et puis un jour, on pousse la porte de son pavillon sans tourelle façon médiévale parce qu’il nous a invité à joué à la console et on constate, incrédule, qu’effectivement son frère à fait un gros trou dans la cloison qui sépare les deux chambres. Cloison certainement en carton, c’est pas possible autrement disait son père.
Et bien sur cette page de publicité pour les pavillons Phénix, ce slogan : « Phénix, à l’abri du hasard ». Me monte soudainement une furieuse envie d’écouter du jazz.


selecta by Delestrade / Jazzus

THE FAMILY – Mutiny

The Family (1985)

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PONI HOAX – The Music Never Dies
Tropical Suite (2017)

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BUDOS BAND – Peak Of Eternal Night

V (2019)

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KENNY SEGAL – A Day In The Week

Hiding Places (2019)

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JOINT VENTURE – Here, At The Bottom Of The Sky

Mirrors (1993)


ALBERT AYLER – New Generation
New Grass (1969)

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MARK ELIAS’ OPEN LOOSE – Gentle Ben

New School (2001)

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GERALD CLEAVER – To Love

Be It As I See It (2010)


#2

La reine Chaka Khan et un titre Like Sugar qui permet de sauver toute soirée moyennement emmanchée. Un album quelque peu improbable du guitariste Charlie Hunter sur lequel se côtoie Norah Jones, Kurt Elling et – pour le titre qui nous intéresse – Mos Def. L’estivant Laurent Bardainne et son Août qui est un hit. Christian Wallumrød qui voici plus de 20 ans me dynamitait le cerveau avec son Close Erase, en revanche Dance It est un faux ami ou un défi, à vous de voir. Jeanne, Jeanne, Jeanne et Prince. Et Das Kapital qui cultive depuis de longues années un goût sûr et délicieux pour la décontraction joyeuse.

selecta by Delestrade / Jazzus

Das Kapital – An Den Deutschen Mond
Ballades & Barricades (2009)

Charlie Hunter Quartet
feat. Mos Def – Street Sounds
Songs From The Analog Playground (2001)

Laurent Bardainne & Tigre d’Eau Douce – Août
Marvin EP (2019)

Jeanne Added – Little Red Corvette
Dance This (2011)

Close Erase – Dance This, Pt. 1
EP#1 (2001)

Chaka Khan – Like Sugar
(2018)

#1

L’envie de pleurer à écouter les premières notes du Portrait In Black And White interprété par Michel Graillier. J’ai lu quelques part que « chez Graillier, les gifles sont intérieures ». K.O, rien à ajouter. Une envie aussi à l’écoute de la musique de Guillermo E. Brown, celle de replonger dans le catalogue inépuisable du label Thirsty Ear qui, au début des années 2000, donnaient les bonnes réponses à pas mal de mauvaises questions. L’énergie londonienne, aussi. Inévitablement. Parce que dans ce qui émane de cette scène londonienne tout n’est pas parfait, mais tout est fait avec tellement d’énergie. Comme ton copain qui danse n’importe comment, mais qui le fait avec tellement de joie et d’énergie que tu te lèves pour le suivre. On s’en fout, on danse, on est vivants.

selecta by Delestrade / Jazzus

SEED Ensemble – Afronaut
Driftglass (2019)

Paul Motian Band – Boomerang
Psalm (1982)

Håker Flaten – Du Høye Fryd For…
Mitt Hjerte Altid Vanker (2011)

Jure Pukl – Doubtless
Doubtless (2018)

Michel Grailler – Portrait In Black And White
Fairly (1992)

1000 Kings – The Drop
Raw Cause (2013)

STUFF. – Slug
Old Dreams New Planets (2017)

Hasse poulsen – I Dream A World
The Langston Project (2015)

Guillermo E. Brown – Inside The Purple Box
Soul At The Hands Of The Machine (2002)